Les textes de la messe
DIMANCHE 9 AOÛT 2026
19ème dimanche du Temps Ordinaire
Année A - Couleur liturgique : Vert
1ère Lecture : Livre des Rois (19, 9a.11-13a)
"Tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur"
Psaume 84
" Fais nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut."
2ème Lecture : lettre de Paul aux Romains (9, 1-5)
"Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathèmet"
Évangile : Matthieu (14, 22-33)
"Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux"

HOMÉLIE PRÊCHÉE PAR
LE TRÈS RÉVÉREND PÈRE ABBÉ DE LA GARDE
À SAINT MARTIN DE RÉ
Cher Monseigneur, avec lequel nous avons la joie de célébrer cette Eucharistie,
Cher Père Mickaël, cher Frère Charles de Foucauld, qui nous accueillez – et je vous en remercie au centuple – avec la surabondance de votre amitié et le zèle de votre charité,
Chers amis,
Le Seigneur a beaucoup d’humour. Il était à peu près improbable que des moines bénédictins viennent en plein été sur cette île magnifique, et voilà que la Providence en ajoute – si je puis dire – en nous offrant aujourd’hui même un évangile en lien direct avec la mer et les bateaux. Vous n’avez donc aucun mal à imaginer Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade...
J’évoque avec sourire ce qu’on pourrait appeler l’humour de Dieu, mais à entendre le récit de notre Évangile, à nous souvenir surtout de toutes les bousculades et les imprévus qui ne cessent de s’immiscer sans prévenir dans nos vies respectives, on se dit que – tout compte fait –, le Seigneur n’a peut-être pas tant d’humour que cela… Et fort de ce constat plutôt négatif, on se sent vite porté – avouons-le – à nous faire de fausses idées sur Dieu ; qui plus est, sans nous en apercevoir, on va jusqu’à lui coller des étiquettes et, finalement, défigurer son visage.
Voulez-vous des preuves de cela ?
N’est-il pas vrai qu’en certaines occasions de notre vie, Dieu nous apparaît d’abord comme un complet imprévoyant, et nous nous disons qu’il ne se rend pas bien compte de ce qu’il nous demande – ou du moins de ce qu’il permet. Preuve en est, Jésus qui force ses disciples à monter dans le bateau, à le précéder sur l’autre rive… Mais dites-moi, le Fils de Dieu – autrement dit la Providence en personne – ne savait-il pas que la mer allait se mettre en furie et battre la frêle embarcation ? Pourquoi courir le risque de la faire choir jusque dans les fonds marins ? Ces interrogations – ou d’assez semblables – montent parfois de nos cœurs, lorsque la tempête s’impose et se rebelle contre nous.
Et quand nous sommes aux prises avec les rebuffades de la vie, que nous arrivons à peine à ramer et sommes submergés par les flots, n’a-t-on pas – comme d’instinct – la tentation de penser que Dieu – outre un imprévoyant – est également le grand absent ? Un peu comme le psalmiste en proie au désarroi et à l’incompréhension, notre cœur ne voit rien d’autre pour se défendre que de lui crier : « Dieu, où es-tu ? Que fais-tu ? » À en croire notre Évangile en effet, Jésus prête le flanc à cette seconde étiquette. Le bateau des disciples est tourmenté par les flots, et lui, tranquille avec lui-même ne trouve rien de mieux que de se mettre à l’écart, dans la montagne, pour prier et se retrouver un peu seul. Mais songe-t-il un instant que ce sont ses apôtres qui, en réalité, se retrouvent seuls et complètement abandonnés à leur sort tragique ? Et nous, de même, nous avons parfois l’impression désagréable que Jésus est loin, quand on le voudrait proche…
Remarquez que le Seigneur, en définitive, ne les laisse pas complètement. Tout Dieu qu’il est, il marche sur les eaux en direction du navire et leur dit : « Courage ! C’est moi. » Et nous-mêmes, lorsque les afflictions surviennent et se ruent sans prévenir sur notre vie, nous entendons bien le Christ nous dire « Courage, mon enfant » ; mais, dans le fracas de l’épreuve, notre cœur incline vite à accoler à Dieu une nouvelle étiquette, celle du beau parleur. Car, n’est-il pas vrai que dans ces occasions-là, Dieu semble se payer de mots. Comment d’ailleurs se permet-il de nous dire : « n’ayez pas peur » !? La situation en est-elle pour autant changée ? Notre sort et notre destinée en sont-ils métamorphosés ?
Enfin, comme si être un bon discoureur ne suffisait pas, Dieu passe à nos yeux comme un parfait inconscient. Car s’il demande à Pierre de venir à lui, de marcher sur les eaux, on doute que – pour nous – la chose puisse se faire. Pris dans les incompréhensions des épreuves qui surviennent, nous disons : « Sauve-moi, ô Dieu, car les eaux ont pénétré jusqu’à mon âme. Je suis enfoncé dans une vase profonde, je suis arrivé au fond de la mer, je m’épuise en criant vers vous et mes yeux défaillent ! » Et devant cela, le Seigneur ose nous dire : « Viens, viens vers moi, marche sur les eaux » ! Vraiment, on se dit – et qui nous donnerait tort ? – on se dit que Dieu est l’expert des demandes impossibles, et que c’en est trop !
Voilà en somme, chers amis, les étiquettes que nous avons coutume de placer sur le Visage divin. Autant dire qu’avec ces caricatures, non seulement nous le défigurons, mais nous distordons hélas aussi notre propre confiance en lui.
Alors, plutôt que de laisser nos âmes plaquer des qualificatifs sur le Seigneur, l’Évangile nous rappelle très simplement que Dieu est Dieu, que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, et qu’à partir de là, même les tempêtes de mer qui agitent nos existences ne sont et ne seront jamais le mot de la fin. Car Jésus, comme Fils du Père, transcende l’univers créé et la longue histoire des hommes. Il est depuis toujours et pour toujours ; sa parole est valable pour le passé, comme pour le présent et l’avenir. Chacun des mots sortis de sa bouche dépasse absolument tout ce qui existe par sa solidité et sa fiabilité. Et quand, en définitive, le Christ nous dit : « Courage ! C’est moi ; n’ai pas peur » ; quand il dit : « Viens, marche sur les eaux », il nous donne sa parole, il offre avec elle sa propre fidélité sur laquelle notre vie peut se fonder dans la confiance et l’amour.
Chers amis, après la lecture si bouleversante de cet Évangile, il est donc urgent de nous interroger : en vivons-nous vraiment ? Confrontés à un moment d’épreuve ou en butte à de tenaces tentations, osons-nous leur opposer cette petite litanie de la fidélité divine : « Dieu est Amour… Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu… Votre Père du ciel sait ce dont vous avez besoin… Nul ne peut vous arracher de la main de mon Père… N’ayez pas peur, j’ai vaincu le monde… Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! » Si nous laissons vivre ces paroles et bien d’autres dans le trésor de notre cœur, non seulement la fidélité de Dieu va s’imposer de plus en plus à nous, mais c’est notre propre fidélité à son égard qui va trouver le moyen de ne plus jamais défigurer le si beau Visage de notre Dieu !
Dom Marc GUILLOT
Méditation
Père Michel COTTEREAU
Prêtre coopérateur
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